Kai Sun a conçu son propre système pour dialoguer avec sa mère disparue. Il en a même fait un business prospère. Dans son entreprise, la Nanjing Silicon Intelligence, les 500 collaborateurs s’attèlent à créer des avatars numériques de personnes décédées. Des milliers d’esprits ont déjà été digitalisés pour prolonger leur présence dans le monde virtuel. Pour reproduire au mieux le caractère et la voix des défunts, il faut fournir un maximum de données : messages, mails ou messages vocaux. Ce prodige technologique a un prix : de 6.600 à 150.000 euros pour les avatars les plus perfectionnés.

En Chine, ce genre de technologie se popularise de plus en plus. Discours du défunt lors de sa propre cérémonie ou interaction avec un hologramme, de nombreux appareils sont désormais offerts dans le pays pour faire revivre les morts. À la tête d’une entreprise spécialisée dans ces systèmes, Yang Tang veut révolutionner le secteur. Il a même créé un « cimetière intelligent », où les tombes sont transformées en de véritables interfaces numériques, permettant de découvrir « des photos, des messages et des histoires » de la personne décédée.

Les visiteurs peuvent même faire des offrandes virtuelles aux disparus, comme de l’encens par exemple. « Le numérique, c’est l’avenir, dans tous les secteurs, explique le chef d’entreprise dans le sujet vidéo visible en tête de cet article. Aujourd’hui, plus de 30% de nos clients souhaitent des obsèques digitalisées. » Dans un pays où les religions sont peu acceptées par le Parti communiste au pouvoir, faire renaître les morts en pixel n’a rien de choquant.

Certains entrepreneurs n’hésitent donc pas à utiliser la technologie de l’IA à tout prix… quitte à franchir les limites de l’éthique. Une start-up chinoise permet ainsi de cacher la mort d’un proche grâce à la technologie de la deepfake, qui permet de modifier un « vrai » visage humain en une autre identité. « Mon oncle est décédé dans un accident, raconte à notre équipe Ding Ding, une cliente de ce service. La santé de ma grand-mère n’était pas très bonne et nous n’étions pas à ses côtés. Alors, on a préféré lui mentir pour la protéger. »

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